Speech by Prime Minister Rutte at National Remembrance Ceremony MH17 disaster (French)

Discours du Premier ministre Monsieur M. Rutte à l’occasion de la commémoration nationale des victimes du crash du vol MH17.

Et si…? Et si les vacances avaient commencé un jour plus tard ? Et si l’avion avait eu du retard ? Et si je me réveillais tout à l’heure et que tout cela n’avait été qu’un mauvais rêve ?

Mesdames et messieurs, et surtout vous, parents et amis des victimes : qui ne s’est pas posé cette question après le 17 juillet ? Et si ?

Une question sans réponse. Une question qui s’impose à nous et qui nous renvoie à notre impuissance. Car il n’y a pas de si. Il n’y a que la dure réalité de 298 vies fauchées, dont celles de 196 Néerlandais. Des vies à jamais inachevées. Des voix à jamais éteintes. Leur présence, leurs talents, leur amitié et leur amour vous ont été à jamais dérobés. Subitement, sans raison.

Ce 17 juillet 2014, l’insouciant au revoir s’est soudain transformé en adieu. Subitement, sans raison. Subitement, ils étaient partis pour de bon, les 298 enfants et petits-enfants, pères et mères, frères et sœurs, grands-pères et grands-mères, époux et amis du vol MH17. Aujourd’hui, Ina Kroon, de Woudrichem, aurait eu 53 ans. Aujourd’hui, Sanjid Singh, de Kuala Lumpur, aurait fêté son 41e anniversaire. Leur brusque disparition, et celle de tant d’autres, semble totalement irréelle. J’ai regardé vingt fois le journal, écrit Anne Vegter, notre poète nationale. J’ai regardé vingt fois le journal et c’est toujours vrai : tombés dans les rets de la guerre des autres, sans raison.

Chacun de ceux qui, le 17 juillet, ont perdu un proche, vit cette épreuve à sa manière. Car il n’existe pas de règle pour apprivoiser le chagrin. La douleur personnelle n’entre dans aucun moule ni scénario préconçu. Il n’y a pas de plan d’action pour le deuil.

Mais il y a la solidarité et l’unité qui, dans les jours et les semaines après la catastrophe, ont ouvert une issue à l’affliction partagée. Nous l’avons vu et ressenti : lorsque la mort frappe brutalement avec une telle ampleur, une telle proximité, nous nous soutenons mutuellement. Nous partageons la même stupeur, la même colère, le même recueillement. Ainsi que nous l’avons fait lors de la journée de deuil national. J’espère ardemment que cela représente, pour vous qui devez apprendre à vivre avec ce deuil, un début de réconfort, un premier pas vers l’acceptation. Que cela vous aide à trouver le courage et la force de continuer à avancer, de reprendre le fil de la vie.
Demain, après-demain et au-delà. Malgré l’incertitude, les larmes et les moments difficiles qui viendront. Le premier Noël, les premières vacances, le premier 17 juillet. Et toujours cette question : et si ?

Une question à laquelle personne ne peut répondre. Ce qu’il nous reste à faire, c’est continuer d’œuvrer pour offrir à chacune des victimes des obsèques dignes. Ces adieux ultimes, que certains d’entre vous attendent encore, sont si importants pour que la vie reprenne ses droits. De toutes nos forces, nous réclamons que soit rendu à ces 298 personnes ce qui leur est dû. Et nous continuerons après cette commémoration nationale, qui nous permet de leur témoigner notre respect et d’honorer leur mémoire.

Aujourd’hui, nous prononçons leurs noms à voix haute. Ils ne tomberont pas dans l’oubli. La beauté et la chaleur des souvenirs, l’émotion qu’ils procurent ne se dissiperont jamais. Vous possédez un souvenir unique de chacun de ces êtres uniques, dont le point commun était peut-être de vivre pleinement l’instant, de déborder de joie de vivre et de projets. C’est ce que reflètent presque toutes leurs histoires personnelles, que nous avons découvertes après le 17 juillet. Ne serait-ce pas magnifique de parvenir à faire vivre cette force dans notre propre destin ? Ainsi, ils survivront. Ainsi, ils resteront une source d’inspiration. Ainsi, ils demeureront près de nous.

Mesdames et messieurs,
Et si c’était possible ? Et si c’était possible de puiser espoir et consolation dans tout ce que ces êtres ont laissé de beau et de bon ? Et si c’était possible de trouver dans la tendresse et l’éternité de ces souvenirs le courage de continuer sans eux ? C’est ce que je vous souhaite. C’est ce que nous vous souhaitons. De tout notre cœur.